21.12.2005

Où Ken Adams a passé un mauvais lundi (et tous les jours d'après aussi)

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Un lundi matin d'il y a déjà quelques temps, je me suis réveillé avec la sensation d'une gueule de bois. Je n'avais pourtant pas bu. Juste vu ce qui me rappelait une très mauvaise soirée et s'étalait partout en couverture de quotidiens. Lundi 22 avril 2002. Je n'en dirais pas plus, l'illustration rafraichira la mémoire des plus distraits d'entre vous. J'ai cependant rejoint le travail avec le coeur léger. Je me suis dit que passer une bonne journée la tête dans le guidon ne pourrait pas me faire de mal. Que ça ne pourrait que me changer les idées.
Et hélas, ça ne s'est pas tout à fait passé comme ça. Ce qui m'avait ébranlé avait aussi atteint le lieu où je comptais suer sang et eau pour oublier. Un collègue, un peu con, mais finalement pas plus qu'un autre, revenait de congés. Ce voisin de bureau, de ceux qu'on subit toujours un peu parce qu'ils causent trop fort dans leurs téléphones, avait pris des vacances un peu particulières pour coller les affiches du gros porc borgne. Il triomphait donc à son retour et se devait de revenir pour prolonger de manière un peu inespérée ses vacances à lui.

Ca m'a coupé le moral. J'ai finalement opté pour la glande discrète devant l'écran en parcourant les maigres documentations "corporate" offertes par l'intranet. Et j'ai compris en parcourant l'organigramme tout le racisme de mon pays.
A mon niveau et au dessous, l'entreprise était à l'image de mon quartier : des hommes des femmes, des jeunes, des vieux, des Karim, des Catherine, des José, des Josiane.
A l'échelon supérieur, je n'ai vu presqu'aucun nom à consonnance étrangère. Juste un celui de l'africain que tout le monde connaissait : tant il était doué et efficace, remarquable mais bizarrement pas remarqué. On lui refilait toujours les sujets voués à l'échec, ceux qui servaient pas à grand chose, les cas désespérés, les merdiers dont personne n'arrivait à se dépétrer.
Au niveau du dessus : celui qui offre le droit d'être petit chef tyrannique si tel est le bon plaisir. La couleur a disparu et le sexe féminin aussi (ou presque).
Les cases des 4 niveaux supérieurs n'ont pas même besoin d'être examinées : elles ne contiennent que des Messieurs, que des Durand et des Du Pont (la particule augmente au fur et à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie).

Mon entreprise, comme beaucoup d'autres, était finalement bien à l'image de la France : égalitaire et bigarrée dans ses soutes, uniformément blanche et sexiste à mesure que l'on s'élève.

Enfin, ça, c'était avant ...

Maintenant, tout a changé : y compris le PDG de mon entreprise. Et puis l'Etat a créé une Haute Autorité à l'Intégration avec à sa tête l'ancien PDG d'une de ces grandes entreprises à l'image de la France.